So, après cet intermède environnemental, passons a l’intermède culturel : quelques jours dans un village massai, qui ne soit pas un décorum de film avec des figurants s’il vous plait.
Deux canadiens nous on donné les coordonnées d’un massai qui emmène les gens passer quelques jours dans son village, a 50km d’Arusha. Ca a l’air plutôt pas mal comme expérience, les deux mecs y ont resté 4 jours et sont hyper positifs : si k’on y allait ?? Chose arrangée, on part avec Nico, sur une base de deux nuits ; a voir comment on gère le dodo en peaux de bêtes, manger que du mais, sans eau. On avisera une rallonge si l’envie s’en fait sentir.
Meleji, le guerrier massai, vient nous chercher a l’hôtel avec son frère Moisses, la il nous dit qu’on doit prendre un bus pour se rendre au village, rien de dramatique même si j’aurais préféré un truc du genre sa propre caisse. Mais bon, chicken minibus a l’africaine jusqu'au bled de je ne sais plus quoi, une fois la-bas, on n’est pas encore arrivés, il faut prendre un taxi privé ou marcher les 8 kilomètres restant par ce qu’il n’y a pas de transport. Avec ma cheville c’est tout vu, taxi privé. Ca plus les 25 dollars/jour/personne ca fait beaucoup avant même d’y être.
Entre bus et taxi c’est la pause déjeuner ; tu veux quoi : chèvre bouillie ou chevre bouillie ? Va pour la biquette donc. Au royaume du fromage on dit que « dans le cochon tout est bon » ; il doit y avoir un équivalent sur la chèvre en Tanzanie : mon voisin de table a une partie de tête. Il en suçote tranquillement les dents l’une après l’autre. Petite gerbe j’avoue.
Comme j’avoue que l’endroit vaut le déplacement : dans les plaines donnant sur le Rift, le village tout rond de huttes toutes rondes somnole paisiblement au rythme des activités de chacun.
A notre arrivée, petit the de bienvenue dans la hutte de Meleji : toutes les femmes du village s’assoient devant moi. Elles me dévisagent en commentant, touchent mes cheveux et sont fascinées par mon collier en graines rouges. Je ne comprends rien à leur dialecte et touche du doigt l’étrange sensation d’être une curiosité venue de loin. Nico est moitie antillais et les gens le prenne souvent pour un africain de pays voisin, il attire moins l’attention.
Bon, on dormira la hutte de Meleji, dans le lit de Meleji, sa femme dans le lit d'a coté, voire avec un autre type je crois... Traditionnelle, elle est ronde, faite de paille, de terre et de bouse de vache je crois. Elle fait 4 m de diamètres, divisée en trois compartiments : minuscule entrée, un peu moins minuscule sorte de salon/ salle à manger/ chambre et chambre de la taille d’un lit double a peu près. Il y en a de plus grandes, tout dépend de combien de personnes y vivent et de la place hiérarchique de l’homme dans le village. Le chef a la plus grande hutte.
Il nous fait la réclame de son programme culturel dans les grandes largeurs, ca a l’air bien tout ca j’ai hâte ! L’entrée en matière : présentation d’un champ de mais, ah un autre, oh dis donc encore un. A chaque épis il me répète que c’est du mais ». Suis obligée de lui dire qu’en France on en a deux ou trois des champs de mais…
Le fameux programme comprends au départ une rapide marche dans la vallée, un tour dans le foret « tropicale », un cours sur la chasse au lion. Et on peut prendre autant de photos qu’on veut, les gens du village ont déjà vu quelques touristes ils sont habitues dit-il. Hop, première photo la femme se met en colère et me crie dessus. Meleji ?? Ah non, c’est la femme de ton frere donc on peut pas ? Mouais bon.
On a quasiment tous entendu parler des guerriers massais a la réputation encore vive ; la plupart des videurs, veilleurs de nuit ou gardiens d’Arusha sont des Massais, et la vérité ils sont impressionnants avec leurs massue, oreilles pendantes, regards sérieux… Leur rôle dans les villages était la protection contre les invasions humaines et attaques animales. Aujourd’hui c’est la paix, et les gros animaux sauvages se tiennent généralement a l’écart des villages. La fonction de guerrier a perdu un poil de son fondement donc.
Ce qui est resté bien ancré en échange c’est le rôle de la femme : préparer les repas, le the, traire les vaches, aller chercher l’eau, le bois, construire 60% des maisons, s’occuper des enfants et j’en passe.
Ce qui m’amène à l’enseignement le plus important du séjour : pendant qu’elles triment du matin au soir les hommes peignent la girafe. Allongé dans l’herbe, l’œil surveillottant parfois un troupea, signifiant a la femme ses nécessités alimentaires, le guerrier massai connaît d’éprouvantes journées.
Et a mon moment préféré qui fut la seule vraie conversation avec Nina.
Je ne sais plus comment c’est venu, mais j’ai commencé à lui dire que faisant tout, les femmes du village devraient avoir le pouvoir. Que dans nos contrées lointaines un homme sait généralement survivre sans que sa mère ou sa femme ait besoin de lui donner la becquée. J’en ai rajouté autant que possible, profitant que malgré son malaise a transmettre mes idées féministes et totalement contraires a ses intérêts, Meleji traduisait et sa mère répondait « C’est vrai ca, ils en foutent pas une et nous on trime toute la journée» !!
Jusqu'à ce qu’il me dise franchement qu’il n’aimait pas vraiment la discussion et préférait aller faire un tour en foret. A notre retour Nina a répète notre conversation a d’autres femmes qui viennent me voir et me font comprendre que j’ai raison, les femmes au pouvoir !! Oups, j’aimerais bien que notre conversation n’arrive pas aux oreilles du grand frere : quand je le salue il grogne alors qu’avec Nico on dirait des potes. Macho va !
Le cours sur la chasse au lion est captivant, enfin surtout le moment du lancer de lance : notre guide, a l’humilité toute relative, est celui qui l’envoi le moins loin, et surtout il la plie en deux au dernier lancer. Ca se termine en un fou rire de la part des autres massais, auquel forcement je participe comme une baleine et Meleji met un terme a la recréation. Hihi
Le premier soir Meleji part payer les « droits d’entrée» au village. On ne le reverra que le lendemain matin, avec une grosse gueule de bois. J’ai comme un doute sur la véracité des droits d’entrée… en attendant il nous a laisse avec son frere Moisses et sa mère, Nina, qui bafouillent a peine 2/3 mots d’anglais. C’est pas une raison pour se laisser abattre : sortage de la bouteille de vin ! Nina, adore et en redemande. Je crois qu’elle est un peu saoule hehe. Arrive le moment tant attendu du lit en peaux de betes. Rien, un lit normal, sans rien pour se couvrir. Non seulement c’est pas ce soir que je dormirai dans une peau de vache, mais en plus je vais me geler avec ma petite couverture d’avion…
La gastronomie Massai : vous reprendrez bien un peu de mais ??
En Tanzanie l’élément de base de l’alimentation est le nsima, sorte de pate de mais ressemblant a de la polenta mais absolument sans gout. Avec autour de la viande, du poisson, un peu de légumes, et du riz. Chez les massai c’est nsima, mais grillé, mais bouilli, mais avec un peu de haricots rouges, nsima, mais grillee, mais bouilli… La viande c’est une chèvre tuée lors de cérémonies, ou quand des touristes comme nous en achète pour la modique somme de 60usd. Ce qu’on ne fait pas, et qui déçoit fortement Meleji, m’en fiche. Par contre on se fait des petits sandwichs avocat-tomate-épices !! ca peut paraître léger comme consolation vu de chez vous mais sur place c’était régal total, même après 10 jours de ce régime !
Le matin, on part chercher les singes dans la foret, mais attention, « restons a l’orée bien l’écart des buffles, éléphants et autres mammifères dangereux par ce que vous les blancs ne savez ni courir ni monter aux arbres ». Meleji nous fait la démonstration du guerrier apeuré qui grimpe aux arbres. C’est trop drôle comme il prend la face de quelqu’un qui aurait peur, avec autant de talent que Sandra Bullock jouerait Phèdre. Ca plus « l’air inspiré doigt sur la joue » qu’il prend pour écouter les singes, avec Nico on se mord les joues pour ne pas se marrer. De singes quedal ma foi.
Meleji est super frustré de ne pas avoir pu nous montrer les singes, du coup l’après-midi rebelote, recherche babouin désespérément.
Dans la même foret, mais la ou c’était dangereux ce matin ; étrange comme d’un coup ou les gros animaux semblent avoir des tranches horaires fixes pour l’accès a la foret. Ou serait-ce que le troisième massai qui nous accompagne connaît vraiment les lieux lui ?? Il ouvre un passage dans les orties plus hautes que nous, et guide tout le monde. Même sans comprendre leur langue, on sent que chaque fois que Meleji tente de donner une direction l’autre lui dit de suivre et se taire. La foret est blindée de fourmis rouges, et M nous engeule à moitie en nous rappelant de ne pas nous arrêter pour qu’elles ne nous grimpent pas dessus. Jusqu’au moment ou les singes apparaissent : la il faut rester sur place 3 heures pour voir le singe et prendre des photos. Bah non, il est trop loin ton singe, mon zoom pas assez puissant, et entre nous des singes j’en ai vu pas mal. Re frustré qu’on ne soit pas comme des japs devant la Joconde il essaie carrément de prendre nos appareils en disant que lui peut prendre les photos. AHHH tsss pas touche minouche !! Fais la gueule si tu veux, m’en fou ! Sur les plantes, arbres nous n’apprendrons rien ou presque, mes questions restent sans réponse.
Les massais ne parlent pas le swahili mais le dialecte massai, rien a voir avec le Swahili, on apprend quelques mots, et leur version du oui, un eeeh très long qu'elles disent a loueur de temps file des fous rire a Nicolas a chaque fois. Pas facile d’expliquer…
Dans leurs villages les habitants sont les membres d’une seule famille.
Un homme, toutes ses femmes et leurs enfants. Une femme coute trois vaches si je me rappelle bien et c’est chacune dans sa hutte sinon c’est crêpage de chignon. Lorsque les filles se marient elles partent vivre dans le village de leur mari et auparavant lorsqu’un garçon se mariait il partait fonder un nouveau village. Pour d’évidentes questions de sédentarisation et d’ordre au sein des municipalités, de cout de vie et de ne plus pouvoir monter un village la ou bon te semble les traditions ont évolué et les hommes ne partent plus que très rarement fonder un nouveau village.
La tradition de ne pouvoir se marier qu’en échangeant vaches vs femmes fait que la plupart des hommes massais, malgré une certaine adaptation au monde moderne sont rattrapés par la tradition et me semblent obnubilés par leur possessions bovines.
Les hommes s’habillent toujours traditionnellement, deux couvertures nouées sur les épaules, une ceinture pour faire tenir le tout, un bâton a la main (ils marchent énormément), et souvent une massue en forme de cubitus d’éléphant dans la ceinture. Jusqu'à 20 ans ils ont les cheveux longs et coiffés d’une manière très sophistiquée avec des ornements, après ca c’est tête rasée. Et ils ont les oreilles percées de grannnds trous. On y passe un rouleau de sopalin facile. Certains ont le lobe tellement détendu qu’ils l’entortillent autour du pavillon. Surprenant ma foi. Tous leurs accessoires sont faits ou recouverts de perles, comme les bijoux des femmes. Qui elles ne semblent plus être habillées de façon traditionnelle, ou alors c’est beaucoup moins visible que ceux des hommes. Mais ca fait partie des questions sans réponse…
Voila, la chasse au lion qui n’a plus cour, voir deux singes en foret, comment faire du feu sans feu (mais ils ont des briquets today) un champ de mais, c’est pretty much everything sur le programme culturel. Un peu lega’ a mon gout, surtout que toutes les questions que je pose sur l’histoire des massais, de son village en général, les traditions, croyances bref. La réponse est toujours la même : ben je sais pas. La toute dernière étant « moi, je fais un programme culturel sur la nature ».
Je m'imaginais deja ramasser mentalement du bois avec les femmes (bah oui ave mon pie), traire les vaches facon Heidi sur son tabouret, mais j'ai abandonne en voaynt qu'il fallait se mettre la tete dans le flan de la vache, le veau entre les pates, et tirer le pis en meme temps que tu vises un trou de serrure.
Du coup je pousse, je veux voir un peu tout, la cuisine, quand les femmes fabriquent les bijoux, la traite… et ca l’emmerd… profondément. Il change de sujet, traine des pieds, ne veut pas toujours traduire quand je parle avec les femmes.
Je m'imaginais deja ramasser mentalement du bois avec les femmes (bah oui ave mon pie), traire les vaches facon Heidi sur son tabouret, mais j'ai abandonne en voaynt qu'il fallait se mettre la tete dans le flan de la vache, le veau entre les pates, et tirer le pis en meme temps que tu vises un trou de serrure.
Du coup je pousse, je veux voir un peu tout, la cuisine, quand les femmes fabriquent les bijoux, la traite… et ca l’emmerd… profondément. Il change de sujet, traine des pieds, ne veut pas toujours traduire quand je parle avec les femmes.
Un poil superficielle a mon gout l’immersion culturelle, sans oter un cote inoubliable a ce moment massai. Par contre avec Nico on leur en apprend sur comment fonctionnent la plupart des sociétés occidentales. Monogamie, indépendance des femmes, travail de tout le monde, on n’achète pas les femmes… ils n’en reviennent pas. Surtout quand Moisses demande à Nico combien de vaches on a en France : au chiffre « des milliers » une consternation rêveuse transfigure Moisses.
En conclusion, l’objectif de Meleji n’est pas tant de partager la culture de ses racines que de monter un business Folie des grandeurs : il nous raconte ses projets de campings, eau courante… Je vois d’ici la tête de son frère quand il faudra raser les champs pour y mettre des groupes de touristes !! Dommage meme si je suppose que c'est la loi du business.
J’en apprendrai surement plus sur les massais dans les livres je crois ca tombe bien je sais lire. Mais c’était drôle de voir Meleji jouer les cadors devant nous, pour ramper devant son grand frère (aimable comme un pitbull a qui on aurait piqué son os celui la) ou sa mère, n’importe qui d’autre en fait. C marrant de passer un peu de temps dans une tribu qui vit encore comme il y a des siecles, et l’interaction est toujours enrichissante.
Maintenant il faut se taper le chemin à l’ envers…




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