vendredi 2 juillet 2010

Comme ca et rien d'autre



Une roue de secours en moins ou en plus, le trajet ne change pas, l’objectif est toujours Kasane.

Passage de frontière en 2.12 minutes, papiers, tampons, jeep sur le bac, (les rives de la Zambie ne sont qu’a quelques mètres de celles du Botswana) re-papiers, re-tampons hop hop on est au Botswana.

Lumière oblique de début d’après-midi, l’endroit, les personnages, les parfums, tout est différent mais les images de « l’Amant » me reviennent d’un coup.

Il y a un camping en ville, ou (put.. de moustiques de poisse) Jeff propose de nous déposer, en même temps qu’ils vont aller planter leurs tentes dans le bush le plus complet en dehors de la ville et qu’on peut venir si on veut.
Youuuu du camping sauvage !! Ou keske ce kon signe??!



Les forces vives par ordre d'apparition: ZB, Laura, Jeff, Sebastien.












Cap: la ou personne n'est. Direction opposée a toute civilisation, sur des pistes de sable, avec Laura  debout sur les sacs, nez au vent, baissant la tête pour éviter les branches, rien ne résiste au Hog (c’est la jeep) : on passe partout, entre les arbres, sur les troncs, les trous. Les mecs cherchent l’endroit avec comme critères : se rapprocher au max de la vie animale, être près d’un arbre, avec du plat pour les tentes de tout le monde.
4x4 arrêté, on fait un tour d’horizon, deux par deux c’est obligatoire, pour s’assurer que l’endroit est ok. Perso a part le plat pour les tentes et voir un arbre comment vérifier le coté ok de la vie sauvage : absolument aucune idée.

C’est la première leçon : un éléphant passe à 15 mètres de nous. Jeff et Sébastien tout excités décident de planter le camp ici, la, maintenant. Ok les gars. Ne me demandez pas pourquoi j’ai confiance en ces deux la et dormir au milieu de nulle part ne me fait pas peur du tout. Et comme la ville n’est qu’à 10 minutes de voiture je me dis que les grosses et très dangereuses bêtes ne rodent pas trop dans le coin.



Tentes montées, la mienne aussi proche de la lumière du feu que possible, quand même, léger murmure de la nature, le feu prend doucement. En face a face avec le grand disque rougeoyant, les plaines s’enflamment au loin pendant que les sourires se tatouent.

La cuisine ne se fera qu’au feu de bois, que je relance vaguement au petit matin pour y caler la bouilloire. Et préparer un vrai café doucement bu au rythme des pages de mon livre en attendant que tout le monde se réveille.

La veille, chacun dans sa tente, je déguste tranquillement mon Kit-Kat quand une sorte de ‘hoh hoh’ résonne dans les environs. Et alors ? Un deuxième, auquel Jeff donne une origine : c’est un lion. Ah oui ? Avalage de Kit-Kat en 2/2, léchage le papier a fond et planquage sous toutes mes affaires. Manquerait plus que je me fasse croquer pour un malheureux papier de chocolat !! Je dors comme un bébé, mais quand même, c’est un lion.
Et le ton du voyage.

Sortis du bush entiers, la voiture y a laissé une plaque d’immatriculation. Oups. Demi-tour, remontée de nos traces, ratissage du site (en criant tous les 6 mètres qu’on est encore en vie) pour ne pas la retrouver. Trouvons un faiseur de plaques d’immatriculation pour hier. Tourner, chercher, virer, pour dénicher sur le bord de la route le magasin mobil-home ou une minette nous fera la plaque dans l’aprèm.

photo Jeffrey Barbee


Pendant lequel, assise sur le toit de la jeep, le soleil me chauffe les épaules et me brule les yeux, la vie passe au ralenti autour de nous ; et l’Afrique me coule dans les veines.

Kasane est plantée sur les bords de la Rivière de Chobe, magique abri d’un des plus beau mélange de vie animale qu’il m’ait été donné de voir.

Le bateau file entre les ilots de terre ou dorment des hippopotames, un verre à la main, je me noie dans un tourbillon d’émotions. Incroyable sentiment d’être bénie des anges me submerge. Qu’est ce que j’ai fait pour me retrouver la, moi, au milieu de cette sérénité belle a couper le souffle ?
Le spectacle du soleil tombant en pluie dorée sur l’eau m’hypnotise toujours autant. Appareil photos au fond du sac, installée tout a l’arrière, cachée derrière mes lunettes noires, Sade en fond sonore, la bulle s’est formée ; je ne parle pas, n’entends pas, je suis seule au monde. C’est un moment de magie absolue ou tout n’est que paix, équilibre et splendeur.



Today c’est vrai camping, il est temps de prendre une douche. Et pendant que les hippo se marrent de l’autre coté de la barrière j’aimerais regarder les étoiles depuis mon lit mais mon sac de couchage est trop fin pour enlever la protection pluie de ma tente. Tant pis je me lance, et m’endors la voie lactée d’un planétarium imprimée sur les rétines.

Au petit matin, les branches se découpent en ombres doucement balancées au dessus de ma tête. Réveil sourire.

Nous laissons Laura a Kasane, et moi je m'incruste avec l'Agence tous risques!!
De couchers de soleil admirés du toit de la jeep, en nuits a la splendide étoile, nous traversons le pays du nord au sud : les centenaires Baobab de Baines, la mystérieuse et historique Kubu Island, les lunaires Makgadikgadi Pans, Kaza International Peace Park,  Moreni Reserve Game, et des kilometres et des kilometres sans croiser plus de vie qu'un mec dont le pick-up a les 4 pneus a plat. 

A part les quelques nuits en camp, nous sommes complètement coupés du monde, les règles sont de ne pas être a plus de 2 jours de marche de la civilisation et économiser l’eau. Et decristalisons franchement : quand on se gratte ca fait des traces blanches sur la peau et un surlignage noir sous les ongles. On est sales, vraiment sales, mains noires irrecuperables, et on mange ave les doigts :). Mais on s’en fout, dormir sur un lac de sel, tente accrochée à un jerricane d’essence et la boite à outils a cause du vent, dans la savane, dans le bush… en écrivant les images me reviennent en rafale, autant d’endroits et de moments inoubliables.


photo Jeffrey Barbee

Comme cette arrivée de nuit dans un parc ou les oryx nous accueillent élégants et noblement immobiles dans la lumière des phares, l’horizon le plus plat jamais vu nous cerne, David Bowie nous crie « ch, ch, ch, ch, changes, turn and face the strange » et nous on fait les cœurs. Pur moment d’exaltation en rafale dans la cabine du Hog ! La nuit, les étoiles, la piste, la nature, tout est a nous.

Et aussi comment j’ai rapidement appris a n’écouter mes petits besoins personnels qu’en pleine lumière du jour, si possible milieu peu boisé, ou a faire le rouleau de printemps en attendant le lever du jour .

Because pour les nécessités dans la nature, il faut
1 chercher un endroit tranquille mais pas trop loin de tes potes en cas de pépin,
2 creuser un trou
3 c’est le moment perso, ne pas oublier pas de regarder en l’air
4 reboucher le trou et bruler le papier
5 se rhabiller
Ca prend bien 4 minutes tout ca, et pendant ce temps  la, croyez moi si vous le voulez mais les bêtes elles s’en tapent royal que « tu soilles bermuda aux chevilles à zyeuter sur 360 degrés, frontale en phares, papier sous le bras-pas dans les poches ca retarde- hache a portée de main ».

Déjà qu'en plein jour Jeff me tendait la hache en disant le plus sérieusement du monde : « tu ne vas pas loin (10 pas), et si un truc genre lion arrive tu coures devant lui en tenant la hache au dessus de ta tête et en hurlant le plus fort possible ». Hum, huuuum ok, j’y vais, ouais, j’y vais, ouais ouais, ouais, han, pff, mmm est ce que j’ai vraiment envie ? Ouiiiiii
Et je flippe, c’est la sudation de l’année les enfants, enfin jusqu’au lendemain.

Nuit tombée, j’en peux plus, pas moyen d’attendre jusqu'au matin.
Je dépasse a peine la jeep, m’en fous, léger creux très vite fait du bout du pied, panicometre a bloc, j’arrive a peine à faire ce que je suis venue faire, et au dernier cran du trouillometre je renfile mon short sans défaire les boutons et la c’est le drame !
La fermeture éclair saute, busheuse réparation à la pince coupante, elle tient toujours.
Seuls au monde en mode bush !


Sans oublier les blaireaux de miel : genre de très très grosse moufette. Petit diner tranquille dans un vrai camping, les caisses de provisions déchargées a l’arrière de la jeep quand surgit un de ces trucs. Qui ne tourne même pas la tête quand on tente de l’éblouir. Comme une gosse je fais « Oh le gros chat, l’a l’air mignon !! » & les garçons de répondre « tsst pas touche, quand cette bête s’approche tu lui laisses ton steak, c’est hyper agressif ».
« Ah bon ? Ben faudrait peut être faire quelque chose, par ce qu’ils sont deux maintenant, et qu’ils ne sont plus qu’a un tout petit sniff de nos provisions guys ! » les assiettes de voler et nous de courir ranger la bouffe en catastrophe !!

Impressionnantes bestioles; défoncent les poubelles, les sacs, pas mettre un doigt dit donc.


photo Jeffrey Barbee

Ces legeres considérations mises a part, nos journées émerveillées trouvent rapidement leur rythme de croisière : réveil ensoleillé de petit dej œufs brouillés sur toast, farniente caféiné, repliage de tentes, pousser le Hog pour le démarrage, charger le Hog, prendre un autre fabuleux chemin, route faite au compas et a la carte, plein les yeux, plein les yeux, croiser le chemin d’un troupeau de 40 éléphants, retourner leurs œillades de biches aux girafes, garer la jeep sur une colline, coucher de soleil apéro, monter le camp (attention au suivi des critères), petites mijotades sur feu de bois, coucher étoilés dans la chaleur du duvet, endormissement aux murmures de la vie nocturne…


L’Afrique, tout du moins ce que j’en ai vu est contradictoire, envoutante, enrageante, pleine d’espoir, divisée, pieds et poings liés en même temps qu’au seuil d’un infini de possibles.


Tout cela ne cesse de me trotter dans la tête, je voudrais apprendre son histoire, la comprendre un peu, alors a chaque nouvelle rencontre je questionne, creuse pour grappiller ca et la des pièces du puzzle. Oui je sais, il y a les livres aussi, mais sur place autant profiter de l’humain. Et avec Sébastien et Jeff j’ai trouvé d’inépuisables réponses : journaliste et photographe en l’Afrique Australe depuis longtemps, j’adore les écouter. Politique, environnement, racisme, histoire, tout y passe. Loin de constituer des arrêts d’opinion, je construis mon idée petit a petit.

Moi j’irais au bout du monde comme ca.

L’idée Botswana était de passer la nuit à Kazane, rejoindre l’Okavango pour quelques jours avant de passer en Namibie. C’est complètement raté, et tellement bon.
Jeff, Sebastien, if you ever read this, amaizing is still soft to say how good it was!! 
Bye Truck Chik

ps: j'estampille les photos de Jeff par ce que c'est un peu son travail quand meme, et si vous voulez en voir plus aller faire un tour sur http://jeffreybarbee.blogspot.com/

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire